Quelle place pour les 4×4 en ville?

Signe Anti SUV

Quelle place pour les 4×4 en ville?

Depuis quelques temps déjà, les 4×4, ou SUV (Sport Utility Vehicle), sont au centre des discussions les plus animées. Entre les défenseurs et utilisateurs de ces véhicules et les opposants, on trouve une large palette d’arguments et de discussions. Suite à la mode massive liée aux 4×4, certains gouvernements en viennent à remettre en question la légitimité de tels véhicules en milieu urbain. D’autres gouvernements désirent, quant à eux, imposer une taxe dite de « gros pollueurs ». Il est intéressant de se pencher sur la question et de réfléchir sur quelques idées préconçues au sujet des 4×4.


Le 4×4, un gros pollueur ?

Publicité ClimactorSi une voiture de type berline rejette environ entre 120 et 150 grammes de CO2 au kilomètre, un 4×4 recrache quant à lui jusqu’à 400 grammes de CO2 au kilomètre (pour le G55K-AMG de Mercedes, selon le site du constructeur). Les autres SUV ne sont pas en reste : 380 g de CO2/km pour une Jeep Grand Cherokee, 324 g de CO2/km pour une BMW X5. De même, quand une berline consomme aux alentours de 10 litres / 100 kilomètres, les SUV consomment entre 20 et 30 litres / 100 kilomètres.

On comprend selon ces chiffres que les accusations de « gros pollueurs » ou de « participer activement au réchauffement de la planète » sont justifiées. Les SUV consomment souvent deux fois plus qu’une berline.

Bien sûr, les 4×4 ne sont pas les seuls gros pollueurs. On pourrait aussi citer les voitures de sport à grosse cylindrée ou les routières comme la Renault Grand Espace à 7 places, qui rejette 211 g de CO2 / km. Certains se demanderont peut-être alors pourquoi faire la chasse aux sorcières des 4×4 si ces derniers ne sont pas les seuls à polluer. Si les 4×4 sont au centre de la controverse c’est non seulement pour ses énormes émissions de CO2 mais aussi pour les problèmes de sécurité graves qui lui sont liés.

Le 4×4, un véhicule plus sûr pour qui?

SUV renverséUn des arguments qui revient le plus fréquemment aussi bien dans le discours des revendeurs de 4×4 que dans les utilisateurs de ce dernier est celui de la sécurité : dans un 4×4 on est en sécurité.

Il s’agit bien là d’une illusion doucement entretenue par les constructeurs à coup de publicités à gros budgets. De nombreuses études ont démontré que le 4×4 est plus dangereux que les autres voitures aussi bien pour les autres utilisateurs de la route que pour les conducteurs. Le SUV a, en effet, un centre de gravité plus élevé que n’importe quel autre voiture de tourisme : il se retourne donc beaucoup plus facilement sur lui-même en cas de survitesse. Une étude américaine a démontré que 63% des décès après retournement ont eu lieu avec des SUV, alors que ces derniers ne représentent que 25% du parc automobile américain.

De plus, les 4×4 souffrent d’une structure de l’habitacle beaucoup trop rigide. Le crash-test organisé par Euro Ncap (au sein de cette organisation, sont réunis les ministères des transports des pays membres de l’Union européenne, les constructeurs et clubs automobiles et les principales associations de défense des consommateur, comme Test Achats ou Witch qui sont parmi les plus importantes d’Europe) a démontré que ce type de véhicule a deux générations de retard par rapport aux berlines modernes qui se sont adaptées à cette sécurité passive, à protéger les occupants de la voiture. C’est donc les passagers du véhicule qui absorbent le choc, alors que dans une berline à la structure plus souple et déformable, c’est l’habitacle qui amortit une partie du choc.

S’il devient évident, selon ces études, que le 4×4 est dangereux pour ses passagers, il est également évident qu’il est un danger pour les autres usagers de la route. Que dire d’un monstre de plus de 2 tonnes (qui va jusqu’à 3,1 tonnes pour 4 m de longueur, 2 m de largeur et 2 m de hauteur pour le Hummer) qui arpente les rues à toute vitesse ?

Les premières cibles de tels prédateurs de la route sont bien évidemment les piétons (et tout particulièrement les enfants) et les cyclistes. Non seulement leur masse et leur poids en font de véritables bombes qu’il est de difficile de retenir, mais à nouveau leur structure rigide et la hauteur de leur capot en font un outil de mort. En effet, les 4×4 sont extrêmement mal conçus vis-à-vis des cyclistes et des piétons. Lors d’un choc avec un piéton, un SUV va percuter ce dernier à la hauteur du thorax et de la tête, à cause de la hauteur de son capot. La rigidité de l’habitacle représente un danger de fractures mortelles pour la victime d’un tel choc. Si les capots des berlines ont été conçues afin de mieux absorber le choc d’une tête humaine afin de ne pas la fracasser, on ne retrouve rien qui s’approche de près ou de loin à cette considération d’autrui dans un 4×4. Les urgences des hôpitaux ont observé ces dernières années une augmentation aussi bien dans le nombre que dans la gravité des accidents de la route suite à un choc entre 4×4 et piétons/cyclistes.

Alain Lironi, chirurgien pédiatre à Genève, relève : « Il y a quelques études américaines qui ont étudié le problème de manière très détaillée pour montrer qu’il y a deux à trois fois plus de risques d’avoir un accident de voiture avec un 4×4 qu’avec un véhicule léger, et ce, particulièrement pour les piétons. Les piétons sont la cible privilégiée des 4×4 pour des raisons de visibilité, et c’est à la fois en terme de mortalité et de morbidité. Vous transformez des fractures relativement simples, des fractures de jambe en fractures du bassin, en lésions abdominales, thoraciques et surtout pour les enfants en lésions crâniennes où malheureusement, même les meilleurs chirurgiens du monde ne peuvent pas réparer des dégâts cérébraux souvent irréversibles et difficiles à récupérer. »

Selon cette même étude américaine, c’est quand les SUV roulent à basse vitesse qu’ils causeraient le plus d’accidents. « En Suisse, on a même répertorié des cas d’enfants écrasés par leurs parents quand ils garent leur véhicule ».

La hauteur particulièrement élevée d’un 4×4 a tendance à diminuer la visibilité au sol. Les enfants, donc moins visibles, sont les premiers menacés par la taille de ces monstres.

Et quand un conducteur de SUV équipe son véhicule d’un pare-buffle, les conséquences en cas de choc deviennent carrément alarmantes. (Les pare-buffles sont classés dans les composants inutiles et dangereux de l’Ordonnance concernant les exigences techniques requises pour les véhicules routiers, qui précise qu’ils doivent être conçus de manière à ne pas présenter de risques de blessures supplémentaires en cas de collision. Ils ne sont donc pas explicitement interdits bien qu’ils présentent, par définition, des risques de blessure supplémentaire en cas d’accident. La police, qui pourrait sanctionner, ne le fait pas). Pourquoi alors parer son véhicule d’un élément dangereux et inutile ???

Parallèlement, si le 4×4 inspire confiance à son conducteur, qui se sent dans sa bulle protectrice, cette confiance se retourne rapidement contre ce dernier. En effet, plus que n’importe quel autre conducteur, la personne au volant d’un SUV aura tendance à pousser son véhicule à ses limites, en hypothéquant ainsi sa propre sécurité et celle des autres. Un tel phénomène de « confiance comme cause accidentelle » a également été observé précédemment par « A Bon Entendeur » au sujet des freins ABS : les conducteurs en sur-confiance de la technologie poussent leur véhicule au-delà des limites de la physique, ce qu’ils n’auraient pas fait dans une voiture « moins digne de confiance », et perdent le contrôle de leur bolide.

Le 4×4, machine de guerre urbaine ?

Nous l’avons vu précédemment, l’argument de la sécurité semble central aussi bien dans le discours de l’utilisateur que dans celui du vendeur de 4×4. Il apparaît toutefois que cet argument repose sur des illusions : le conducteur comme les passagers ne sont pas plus en sécurité dans un 4×4 que dans une berline.

Parallèlement, que penser de cette réflexion : « J’achète un 4×4 pour être en sécurité, moi et les miens » ? Chaque fois que j’entends un tel argument, je suis frappé par le poids d’égoïsme et d’irresponsabilité qui réside dans ces mots. Si Monsieur X décide d’acheter un 4×4 pour se protéger lui et les siens, c’est que : 1°) la rue est alors devenue un champ de guerre où les autres sont devenus des dangers dont il faut se protéger ; 2°) la sécurité d’autrui n’importe pas ou peu à Monsieur X. Tout ce qui l’intéresse, et ce de manière exclusive, est le bien-être des siens. Et ce, peu importe qu’il mette en danger la vie d’autrui.

Mais que se passerait-il si un jour (oh horreur !) les 4×4 en ville seraient majoritaires ? Est-ce que Monsieur X pourrait toujours protéger les siens dans son gros 4×4 si la plupart des habitants de la ville possèdent eux aussi un 4×4, peut-être même plus gros ? Il devient évident que dès ce moment là, Monsieur X ne pourrait plus protéger les siens de la même manière puisque son véhicule ne serait pas plus gros, plus lourd ou plus résistant que celui des autres. Il devrait alors acheter un nouveau modèle, encore plus gros pour être plus fort sur la route avant que la plupart des citoyens aient eux aussi un véhicule semblable ; et alors Monsieur X devrait racheter un autre SUV et ainsi de suite.

Ce schéma démontre l’absurdité du phénomène 4×4 : l’argument de la sécurité (qui rappelons-le encore est illusoire) est concevable par les conducteurs de SUV aussi longtemps que ces derniers sont minoritaires en ville. On comprend bien que la sécurité hypothétique de Monsieur  X se construit en menaçant celle des autres citoyens.

La mode du 4×4 me fait penser, et ce pour de nombreuses raisons, à la guerre froide que se sont livrés principalement la Russie et les Etats-Unis. Il est certainement inutile de rappeler la course aux armements qui est devenue une des priorités d’Etat pour ces deux pays. Chacune des deux puissances (ou blocs) augmentaient leur armement, leurs défenses pour protéger le pays, et ainsi menaçaient d’autant plus la sécurité et l’intégrité de l’autre pays.

N’est-ce pas ce que fait un conducteur de 4×4, mais sous une échelle plus infime bien sûr, quand il roule en ville dans son véhicule ? N’est-ce pas ce que Monsieur X fait, inconsciemment peut-être, quand il dit vouloir protéger les siens ? Les Etats-Unis ne voulaient-ils pas, eux aussi, protéger les citoyens ? Et que se passera-t-il si un jour Monsieur X décide de se déplacer en ville en char d’assaut

Certains argumenteront peut-être que le rapprochement entre guerre et 4×4 en ville est tiré par les cheveux. Mais le Hummer n’est-il pas l’exemple même de la justification de ce rapprochement ? En effet, le Hummer H2 est une variante urbaine du Hummer H1, qui était un véhicule de guerre utilisé pendant la guerre du Golfe par les Américains. Que vient alors faire un véhicule de guerre dans les villes ? On n’est plus si loin de l’idée de Monsieur X se promenant en char d’assaut en ville…

Dans cette véritable montée de la violence urbaine, les premiers touchés sont les piétons et les cyclistes et tous les gens qui refusent pour diverses raisons de suivre cette mode.

Le 4×4, symbole de puissance ?

Michel Busset, journaliste romand, nous explique : « Tous les constructeurs de SUV nous le répètent à chaque fois qu’ils présentent un nouveau modèle, les gens qui utilisent vraiment les capacités de ces véhicules sont de l’ordre de 5% ou 10%. Une marque plaisantait en disant qu’ils comptaient les gens qui vont sur leur gazon avec le véhicule! Je crois qu’il y a des gens qui ont l’utilité d’un véhicule de franchissement ou d’un 4×4, mais la grande majorité des gens achète une image. »

Si personne, ou presque, n’utilise les capacités réelles d’un 4×4, alors quelle est l’utilité de ces gros pollueurs en ville ? Qui sont ces aventuriers citadins prêts à hypothéquer la sécurité d’autrui pour la leur ou pour une image ?

En général, il s’agirait, selon une étude récente, « d’une mère de famille aisée, citadine de 37 à 46 ans. Quant à monsieur, il a plutôt 46 ans. Egalement citadin, il jouit de revenus confortables. Bref, leur véhicule est un signe extérieur de richesse qui symbolise la réussite sociale, ce qui profite largement aux constructeurs ».

En plus de représenter une certaine sécurité, le 4×4 serait donc aussi le vecteur d’une image de réussite, de pouvoir et de richesse. Les constructeurs sont, bien sûr, conscients de l’image que renvoient leurs véhicules et ils n’hésitent pas à jouer avec pour promouvoir leurs produits : on n’est plus si loin des publicités Marlboro où Bob, fumant une cigarette sur son cheval, était le symbole de la liberté, perdu dans les grands espaces américains. Est-ce que Monsieur X va devenir aventurier parce qu’il aura acheté un 4×4 ?

Aujourd’hui, le 4×4 est devenu un outil qui se joue de la liberté pour mieux vendre. Quand Monsieur X achète un SUV, il achète non seulement un certain statut social, mais il espère aussi acquérir cette image de liberté promise par les publicitaires. Inutile d’ajouter bien sûr que liberté comme statut social sont là des illusions du paraître.

Une place en ville pour le 4×4 ?

one less suvSi un SUV pollue en moyenne 35% de plus qu’une voiture moyenne, s’il met en danger aussi bien la sécurité de ses occupants que celle des autres usagers de la route et si son utilité urbaine se limite à des questions d’image ou de « standing », il est raisonnable de remettre en question la légitimité d’un 4×4 dans les rues d’une ville. Y a-t-il une place pour ces monstres, dont seule la mode permet d’en oublier les défauts ?

Plusieurs gouvernements ont essayé d’imposer des taxes dites de « gros pollueurs ». D’autres états ont également parlé d’interdire les 4×4 en ville. Mais le fait est là : la pression des grands constructeurs automobiles ainsi que des associations de soutien aux 4×4 maintient aussi bien que mal la place de ces véhicules dans nos rues. Il faut dire qu’en Suisse la résistance est tout particulièrement violente dès qu’une proposition touche à la voiture. C’est certainement parce qu’en 2000 l’industrie de l’automobile a rapporté 74 milliards de francs. Avec de tels chiffres astronomiques, on comprend pourquoi les puissances en place préfèrent nier ou ignorer les problèmes issus de l’utilisation de SUV en ville.

Et pour justifier la place du 4×4 en ville, certains n’hésitent pas à ressortir de vieux arguments, aussi usés que ridicules. « Interdire les 4×4 en ville serait porter atteinte à ma liberté » dirait Monsieur X. L’argument de la liberté est fréquemment ressassé dans des argumentations sans queue ni tête, tout comme on a déjà entendu : « limiter à 30 km/h le centre ville, c’est porter atteinte à ma liberté ». Est-il nécessaire de rappeler que la liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres ? Qu’en est-il, dans cette question des 4×4 en ville, de la liberté de tous les citoyens qui ne roulent pas en 4×4 ? N’ont-ils pas droit à la liberté de traverser la ville, à pied ou à vélo, sans avoir peur pour leur vie ? Dans la phrase « il en va de ma liberté de rouler en 4×4 », on retrouve la même construction logique que dans une autre phrase, telle que « il en va de ma liberté de pouvoir tuer n’importe qui ».

Dans une vie en société, il est important, et même nécessaire, de poser des limites et d’imposer des interdits. Si pour certains, ces mesures sont restrictives et diminuent leur pseudo-liberté, pour les autres elles sont nécessaires à une vie équilibrée dans laquelle on peut vivre sans peur.

C’est peut-être pour ces raisons et toutes les autres évoquées dans ce texte, qu’à mon avis, il est important soit d’imposer enfin cette taxe des « gros pollueurs », soit d’interdire les 4×4 en ville. Bien sûr, bien que préférable, la deuxième solution semble plus difficilement réalisable, en partie à cause du lobby automobile. Parallèlement il est temps que les conducteurs de SUV comprennent enfin que pour des raisons d’image, de « standing » et de sécurité illusoire, ces derniers participent non seulement de manière vertigineuse au réchauffement de la planète et à la pollution des villes, mais ils mettent également en danger la vie d’autrui dès qu’ils enclenchent leur moteur.

Sources: – Télévision suisse romande

- Générations futures

15

12 2005

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Les commentaires récents sont en bas

  1. Veronika Götz #
    1

    Hey,

    is there a chance to buy the SUV sticker (SUV- unsafe-conspicious consumption-…)

    Thanks,
    Veronika



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