Pollution, particules fines et salon de l’auto

Car Pollution

Pollution, particules fines et salon de l’auto

A la mi-janvier, une alerte à la pollution a été déclarée dans le bassin lémanique ; le taux de particules fines a en effet dépassé de trois fois les limites journalières.



Il aura pourtant fallu attendre deux semaines, deux semaines de silence complet, d’ignorance de la part du public et d’insouciance de la part des autorités pour que l’information commence à circuler, pour que les journaux en fassent état et pour que l’on s’y intéresse.



Et pourtant l’incident n’est pas anodin : ces particules fines en trop grand nombre causent toux, asthme, bronchites, problèmes respiratoires et maladies cardio-vasculaires.

Robert Cramer avoue avoir été pris au dépourvu. La pollution aurait-elle véritablement pris Genève par surprise, comme l’indique la première page de la Tribune de Genève du samedi-dimanche 4-5 février ? N’est-il pas naïf ou hypocrite de se dire « surpris par la pollution » quand chaque été connaît ses pics d’ozone, chaque hiver ses smogs citadins et qu’aucune mesure satisfaisante n’est prise pour lutter contre la pollution ?

Aujourd’hui, la presse en parle et Rober Cramer annonce que ce problème de particules fines va être rediscuté au Conseil d’Etat.

Les CFF ont proposé, dimanche 5 février, un retour en train gratuit sur un voyage aller-retour effectué le jour même. Les TPG ont fait de même en proposant des billets journaliers pour le prix d’un billet « 3 arrêts ». Mais entre nous, qui était au courant de telles mesures ? La presse en a fait état, une fois ces « promotions » passées. Combien de voyageurs étaient au courant qu’ils pouvaient bénéficier de rabais s’ils laissaient leur voiture au garage ? D’autres cantons, plus courageux, ont décidé de limiter la vitesse à 80 km/h sur les autoroutes pendant quelques jours.

Et demain ? On aura tous vite oublié ce fait divers. Les habitants pourront enfin retrouver bonne conscience en se déplaçant quotidiennement avec leurs véhicules crachant des particules fines. Si on ne parle plus de pollution dans la presse, c’est qu’il y en a pas, n’est-ce pas ??? Et peut-être l’année prochaine, comme chaque année à la même période, une nouvelle alerte à la pollution sera lancée, cette fois-ci pour avoir dépassé le quintuple des limites journalières. Les politiciens en parleront au Conseil d’Etat, les journaux en feront leur couverture (ça change des guerres et de la pauvreté), certaines personnes seront choquées. Il y aura aussi certainement quelques mesures qui seront prises, comme d’offrir des prestations gratuites de mobilité douce. On s’assurera alors qu’une minorité de citoyens sera au courant, pour ne pas perdre trop d’argent dans l’histoire, tout en montrant sa bonne volonté.

Une grande majorité de la population et des autorités ne semble pas inquiétée par la gravité d’un tel phénomène. Pire encore, le statut quasi-divin dont jouit la voiture l’innocente des déchets qu’elle crache : on n’hésite pas alors à dire que d’autres sources de pollution sont bien plus graves et préoccupantes.

Mais comment ne pas prendre peur face à l’augmentation massive du nombre de voitures dans les rues, devant la pullulation des scooters et motos qui rejettent jusqu’à quinze fois plus de particules fines qu’une voiture de type berline, ou devant cette mode ridicule de rouler en 4×4 et ainsi de polluer plus « pour le style » ?

Peut-être faudra-t-il attendre qu’on dépasse cent fois par an le seuil limite de pollution (déjà dépassé actuellement environ vingt fois dans les grandes villes de Suisse) pour que des mesures sérieuses soient prises.

En attendant, les premières victimes sont les cyclistes, les piétons, les joggers et tous ceux qui se déplacent de manière « douce ». Selon la Tribune de Genève, les spécialistes recommandent de « diminuer les activités à l’extérieur, surtout pour les personnes à risque et pour les enfants. Le vélo, le jogging, la marche rapide sont déconseillés ». Ces gens devraient peut-être prendre leur voiture pour éviter la pollution ?!? Mais l’article a certainement oublié de mentionner qu’à l’intérieur d’une voiture il y a plus de pollution que dans la rue ! Est-ce normal que les personnes se déplaçant de manière « propre » doivent non seulement subir quotidiennement la pollution, l’irresponsabilité et l’égoïsme des autres, mais en plus rester chez eux ou éviter tout exercice à l’extérieur lors de pics de pollution créés par lesdits conducteurs? Ne serait-ce pas plutôt logique d’interdire pendant quelques jours la circulation aux véhicules polluant (ou d’imposer une circulation alternée) pour retomber en dessous des normes journalières ?

Mais non ! Il est tellement plus facile de continuer dans les mêmes absurdités, surtout sans rien changer, surtout sans se poser de questions, et de déconseiller aux piétons et cyclistes de sortir pendant la journée. On agit exactement comme si rien ne peut être fait et on attend… on attend. En continuant sur cette belle lancée, on déconseillera probablement plus de 300 jours par an aux cyclistes, aux piétons et autres habitants des villes de passer du temps à l’extérieur, et ce pour leur santé. Personne ne semble être surpris par la transformation progressive de nos villes en grands champs de guerre à l’air dangereusement respirable.

Et c’est dans cette grande nuée chargée de particules fines que Genève s’apprête à célébrer son 76e salon de l’auto : de nombreux fidèles viendront des quatre coins de la Suisse et de l’étranger dans leur carrosse, crachant CO2 et autres particules, pour se prosterner devant le Dieu-voiture, pour en vanter son sublime et son omnipotence.

Après 76 éditions d’une même farce aux illusions, on en est là : le Dieu-voiture a galvanisé de nouveaux adorateurs, les lobbies auto sont là pour convertir toujours plus (et à tout prix) de « laïcs du motorisé ». Et surtout qu’on ne parle pas de ces hérésies de réchauffement planétaire, de problèmes environnementaux ou de pollution !!! Les savants fous de Shell, du TCS, de TOTAL et autres « bienfaiteurs » sont là pour démontrer qu’il ne s’agit là que de légendes inventées par les sectes environnementales afin de fragiliser le Dieu-voiture.

Le 76e salon de l’auto connaîtra certainement, comme chaque année, de nouveaux records : celui du nombre de visiteurs, celui de 4×4 vendus, celui du plus gros chiffre d’affaire engendré.

Parallèlement, la rue connaît quotidiennement de nouveaux records : pollution, particules fines, nombre de véhicules dans les rues, nombre de 4×4 en ville, accidents mortels de la route, réchauffement planétaire et j’en passe.

Merci donc au salon de l’auto, aux lobbies automobiles et autres dogmatiques de faire preuve de toutes ces débauches d’énergies afin de conserver l’innocence, la virginité et la pureté du Dieu-voiture, un Dieu juste, bon et à portée de tout le monde.

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