Parcours du combatant.

cycle lane

Se déplacer dans Genève à vélo …

Promenade de santé ou parcours du combattant ?

Mobilité douce par-ci, mobilité douce par-là … tout le monde en parle … mais c’est quoi déjà ? On pourrait simplifier en disant qu’il s’agit de déplacements réalisés par des moyens non-polluants, comme la marche, le vélo, la trottinette. Mobilité douce encore, que les pouvoirs publics cherchent à encourager depuis peu, car elle participe à la lutte contre la sédentarité de la population et surtout ne génère pas de nuisances à l’image de la voiture – émissions polluantes, bruit, congestion, consommation d’espace, etc. Pour résumer simplement, un trajet effectué à pied ou à vélo serait bénéfique pour celui qui le réalise et ne nuit pas aux autres.

En tant qu’utilisateur journalier de la petite reine, mon observation se concentrera sur ce mode de transport. Au fil des décalages constatés entre les « encouragements officiels à utiliser le vélo » et la situation réelle vécue lors de mes déplacements, comparable à une véritable piste d’obstacles, je m’interroge … voici donc quelques réflexions, élaborées du haut de mes deux roues.

Force est de constater que le nombre de pistes/bandes cyclables à augmenté significativement dans le canton durant les dernières années, ceci notamment grâce à l’engagement incessant de l’Association pour la défense des cyclistes (ASPIC).

Cette augmentation réjouissante des tronçons aménagés pour les cyclistes ne résout à mon avis pas le problème lié à la qualité du réseau cyclable. En effet, la discontinuité de celui-ci semble être perçue comme un danger (et l’est à juste titre) et donc un frein à son utilisation, au dire de nombreux usagers. Qui ne s’est pas vu surprendre par une « piste cyclable fantôme », disparaissant littéralement sous vos roues sans prévenir, vous abandonnant à votre propre sort au milieu du trafic. La véritable configuration en « gruyère 100% suisse » du réseau cyclable urbain genevois ferait donc ressembler les plus motivés des cyclistes à des fétus de paille pris dans la tourmente de la tempête automobile. Peu engageant dirons-nous !

Carrément dissuasives aussi, ces aberrations d’aménagement constatées à la pelle, à l’image des places de parking disposées en parallèle à la piste cyclable (illustration), coupables de l’apparition du fameux « syndrome de la portière dans la gueule » observée chez de nombreux cyclistes. A croire que les concepteurs de ce genre d’aménagements n’ont jamais enfourché un vélo de leur vie ! Bref, si vous êtes encore en vie après quelque mâchoire cassée, dent brisée, côte fêlée et clavicule fracassée, vous aurez tout le loisir de vous énerver en respirant les abominables effluves d’un authentique moteur deux-temps rejetées par un des nombreux scootéristes peu scrupuleux, arrêté au feu rouge juste devant vous, sur la piste cyclable ! Mais que fait la police, diraient nos aînés ?!

L’espace réservé aux cyclistes semble se résumer trop souvent à quelques miettes laissées après l’agencement des infrastructures destinées à la voiture-reine. Serait-ce parce que l’utilisation du vélo n’entre tout simplement pas dans la réflexion des aménageurs et autres planificateurs urbains ? Une réflexion considérant la bicyclette comme un mode de transport à part entière se doit de prendre forme, et elle devrait s’inscrire dans le cycle décisionnel de planification urbaine, ceci à différentes échelles (quartier, commune, ensemble de communes, agglomération).

Certes, des efforts sont visibles, mais restent désespérément marginaux, à l’image du parking couvert de la gare de Cornavin. Un manque chronique de places réservées au parcage sécurisé et couvert des vélos est à déplorer, comme aux abords des universités et des pôles d’échanges censés favoriser la multimodalité (gares, P&R, arrêts TPG importants par ex.). Au niveau de la cohabitation piétons-cyclistes, là encore, une réflexion constructive mériterait d’être menée, et pourrait s’inspirer de l’exemple de la ville d’Amsterdam ; chaque flux (automobile, vélos, piétons) y à sa place respective et réussit à s’inscrire dans l’espace pourtant relativement confiné et de structure compliquée qu’est la capitale hollandaise. Ne pourrait-on pas instaurer un système piétons-cyclistes sur des voies séparées dans les Rues Basses le la Cité de Calvin ? Le pari ne semble pas si fou et irréalisable que cela, avec du recul. Ce tronçon fait partie de l’itinéraire de centaines de cyclistes par jour. Il est reconnu dangereux à cause du slalom imposé entre les véhicules de livraison et les tramways, sans compter les piétons qu’il faut éviter à la dernière minute. Cette piste d’obstacle, dont une partie est carrément interdite aux vélos, serait un bon exemple de cohabitation entre différents modes de transports (transports publics et mobilité douce).

Au lieu de transformer les itinéraires cyclistes en véritables pistes d’obstacles, hachées par un trafic automobile qui lui est prioritaire, il conviendrait de les rendre fluides et sûrs, rapides et sans détours. Certains affirment que l’utilisation du vélo, c’est culturel. Peut-être. Alors osons faire naître ou renaître cette cyclo-culture, qui semble absente de notre petit coin de pays. Pour ce faire, l’offre d’infrastructures et de services (pistes cyclables en site propre, parcs, zones prioritaires pour vélos, services de prêt/location, possibilité de transport du vélo dans les transports publics) et la qualité de cette offre sont deux éléments primordiaux. Reste à s’en donner les moyens … mais pour le moment, les déplacements à vélo n’ont rien d’une promenade de santé et ressemblent encore trop à un parcours du combattant. L’effort à faire pour rendre l’utilisation du vélo attractive ne me semble pourtant pas insurmontable … avis aux futurs urbanistes !

François R.

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