Chacun sa place

Bouchons

Chacun sa place

Vous arrivez à imaginer votre ville sans voiture? Allez, ce n'est pas si difficile que ça. Faites un petit effort: plus aucune voiture, sur aucun trottoir, sur aucune place de parc, sur aucune route. On les gommes toutes, on les efface, d'un coup de baguette magique mentale. Juste comme ça pour le plaisir de l'imagination. On les fait toutes disparaître du paysage…

Et qu'est-ce que ça donne? Quand elles étaient partout, ces carcasses métalliques rouges, vertes, jaunes, noir, on avait l'impression qu'on pouvait faire avec, qu'on pouvait s'y habituer, finalement, on n’avait pas le choix. Mais maintenant qu'on imagine l'espace publique épuré de cette invasion polluante, on se rend compte qu'on s'était fait à l'inacceptable. Un objet qui n'était pas absolument indispensable encombrait tout l'espace public sans qu'on se révolte, sans qu’on n’ait la nausée, c'est fou. Et je ne parle même pas du danger que représentaient ces blocs de tôle mis en mouvement par leur moteur à explosion. On ne pouvait plus passer d'une rue à l'autre sans faire attention, on était sans cesse menacés, en danger, stressés, on devait se faufiler pour progresser, les trottoirs étaient réduits à de modestes peaux de chagrin. On avait inversé l'ordre des priorités.

Imaginez qu'on envahisse votre maison d’objets hétéroclites et encombrants, ne vous laissant plus que la place de vous faufiler de la chambre à la cuisine. Ne vous viendrait-il pas l'envie de faire le ménage au plus vite, pour regagner votre espace vital?
Allez, un exemple tout bête: j'avais dans ma chambre une malle assez imposante mais qui ne me servait pas à grand chose, finalement (c'est ma copine qui m'y a rendu attentif). Elle m'a dit: "Mais pourquoi la gardes-tu dans ta chambre?" C'est vrai, pourquoi? Simplement parce que je n'y avais pas bien réfléchit et que je n’y pensais plus (Heureusement que j'ai une copine très intelligente!). Alors un beau jour je me suis dit: "Allez, je m'en débarrasse". Et comme pendant 3 ans, elle était toujours à la même place, soudain, quand elle a disparut, ça faisait un vide, si apaisant. C'était comme des vacances. Un repos visuel. L'humain avait gagné, la matière reculait ! Victoire ! J'avais plus de place. J'en ai profité pour tout réorganiser et ranger chez moi.
Et bien je pense que si un beau jour, on prenait la saine décision de se passer de l'outil voiture dans les centres urbains, on ressentirait des sensations à peu de choses près analogues, mais élevées à une puissance quasi infinies. Les routes redeviendraient rues et nous pourrions réinvestir l’espace public comme espace de vie et d’échange privilégié de la cité.

Mais pour ça, on a besoin soit d’une copine aussi intelligente que la mienne (mais encore faut-il savoir l’écouter) ou alors de s’arrêter 5 minutes, et de se mettre à réfléchir un tout petit peu… Nous souffrons d’un cruel manque de pensée dans notre société ! Mais c’est vrai que pour réfléchir, il faut avoir le temps… ce dont notre modernité manque cruellement puisque tout le monde est déjà en retard à son prochain rendez-vous, à cause de ce maudit bouchon sur le Pont du Mont-Blanc.

Peut-être qu’une vie avec un tout petit moins de stress et un tout petit peu plus de temps et d’espace ne serait pas beaucoup plus mal ? Peut-être pourrions-nous penser nos vies et nos priorités autrement ? Mais pour ça, il faut aussi du courage.
 

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