THANK GOD I AM A BIKE MESSENGER!

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THANK GOD I AM A BIKE MESSENGER!

Coursier à vélo c'est un métier exigent, difficile, parfois pénible, voire précaire et représentant pas mal de dangers, nous en avons parlé dans un article consacré à la réalité salariale du métier.
Néanmoins, c'est aussi un beau métier, dont on est fière. Cet article se consacre aux aspects positifs de la profession, et essaie d'expliquer d'où vient ce sentiment de fierté. Il n'évite pas les élans lyriques d'un coursier "vétérant" passioné par cette activité!

 

 

 

Photo de Mario: Sammy Utiger

 

 

 

 

Un coursier à vélo n'est en moyenne pas mieux payé qu'une secrétaire ou une réceptionniste. Qu'est ce qui fait que, malgré ce fait, on s'estime fière d'être coursier, et que cette profession bénéficie d'une aura qui inspire le respect (d'autres parleraient d'un aspect « frime » de la profession). 

Quelques pistes pour tenter de comprendre.

 

copy_of_suicmc04_038.jpgTout d'abord le coursier à vélo est un être autonome et indépendant. A partir du moment où il sort de son QG (aussi appelé « Dispo »), il est livré à lui-même. Il n'a pas de patron sur le dos (il l'a pafois sur la poitrine par contre, par le truchement de la radio ou du natel). Il ne subit pas de contrôle permanent, il doit s'organiser et se comporter de manière autonome, en un mot, il doit se débrouiller.

La symbolique du vélo reprend d'ailleurs certains de ces aspects. Dans les rêves, le vélo symbolise la volonté d'avancer, d'aller de l'avant, mais de manière autonome et libre. Rêver de vélo, c'est rêver d'énergie positive vers l'indépendance. Le coursier une fois de plus endosse cette symbolique et lui fait parcourir la ville, puisqu'à la seule force de ses mollets, il relie de manière imbattable n'importe quels points de la cité.

D'ailleurs, dans sa vie privée, un coursier peut avoir deux fois plus d'activité quotidienne qu'une personnes en voiture, parce qu'il perd deux fois moins de temps (dans les bouchons, à la station service, à chercher une place de parc, à se garer…). Exemple: Un ami vous appelle pour un ciné dans 8 minutes? Aucun problème. Je descend chercher mon vélo, je l'enfourche, 5 minutes plus tard, je suis devant n'importe quel cinéma de la ville (sauf balex, là il me faut 15 min, heureusement qu'y a la pub ;), je le pose devant le ciné, je l'attache à un poteau, et je vois mon film.

De même si j'ai 12 courses à faire dans l'après-midi, aucun problème avec mon vélo et l'entrainement du boulot, et sans aucune perte de temps.

De plus, les cyclomessagers font un métier plein de plaisirs variés. Le plaisir de voler d'un bout à l'autre de la ville sur son vélo sans entraves, d'être un électron libre dans la circulation, de faire la nique aux automobilistes coincés et enfermés dans leurs voitures, aux employés de bureaux prisonniers de leurs desks, déconnectes du monde réel. Le plaisir de sentir son corps dans toute sa puissance, dans toute sa résistance, dans toute son endurance, confronté à la physique métropolitaine. La "chevalerie" à trouvé là un équivalent urbain et contemporain, et d'ailleurs une communauté avec ses codes et ses règles s'est créée spontanément à Genève. 

En outre, les coursiers à vélo peuvent avoir la fierté à la fois d'être l'avant-garde synaptique de la ville (c'est à dire le neurone le plus rapide dans la ville vue comme un cerveau). Rien ne peut battre un coursier entrainé dans la cité. Mais il symbolise aussi l'avant-garde dans un autre sens: il représente la preuve vivante de l'efficacité supérieure du vélo sur tout autre moyen de transport urbain, même et surtout dans le monde économique. Il est donc une image du futur de nos villes, puisque les voitures en ville sont amenées à disparaître tôt ou tard.

Un autre aspect plus ambivalent celui-là: un cyclo-messager, même si les accidents sont objectivement très rares, met aussi sa vie en danger en pratiquant son activité professionnelle. Même si cet aspect est problématique, et quelque peu inquiétant, il est indéniable que ce flirt avec la mort, même s'il se réalise dans une affirmation de sa force vitale, peut provoquer une certaine excitation chez pas mal de coursiers, et une sorte de fascination dans le public. D'aucuns pourrait légitimement trouver cela regrettable (car personne ne rira si un jour un accident grave devait se produire, puisse cela ne jamais arriver d'ailleurs), se me semble néanmoins un aspect réel de cette pratique.

A noter aussi un ou deux petits avantages économiques que les coursiers ont sur monsieur ou madame tout le monde:

Premièrement, en (ou par) principe ils n'ont pas de voiture (à quoi bon, ils sont deux fois plus rapides dans la circulation à vélo… et se déplacent avec plaisir). Ils économisent donc plus de 12'000 frs par année, et ne doivent faire le plein qu'en mangeant avec deux fois plus de plaisir (et le prix des pizzas est moins sujet à inflation que le pétrole ces temps).

Deuxièmement, les coursiers économisent sur un abonnement de fitness à 2000 balles par année, pour des raisons évidentes ;). Au lieu de payer pour faire du sport, ils sont payés à le faire, et qui plus est un très beau sport, puisqu'il est en plus utile à la cité. On pédale à fond, et pour de bonnes raisons: là-bas, ils nous attendent.

Toutes ces raisons, et bien d'autres encore (l'amitié et la solidarité qui règne dans cette subculture) font de ce métier potentiellement un très beau métier, et que d'aucuns pratiqueraient par pure passion. Il ne reste plus qu'à espérer qu'il sorte encore un peu plus de sa marginalité et de ses aspects précaires. D'autant qu'aujourd'hui, il ne manquerait pas grand chose pour que ce pas soit franchi…

Un petit pas pour l'homme, un grand plateau pour l'humanité.

 

Photo: F.Favre

 

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