Cycloterroristes? Cancers de la ville?

Vous n’y avez certainement pas échappé… ces dernières semaines les propos à l’encontre des cyclistes ont fusé de différents milieux. Le conseiller municipal Pierre Maudet a lancé une campagne de répression massive à l’encontre des cyclistes pendant plusieurs semaines qui a vu l’amendement de 345 cyclistes. Il parle ouvertement de cycloterrorisme alors que lui-même avoue à la presse qu’il « ESSAYE de respecter le code de la route à vélo ». De son côté, la presse n’est pas en reste. La Télévision suisse romande a diffusé dans son téléjournal un reportage très discutable sur « ces cyclistes, cancers de la ville ». La palme d’or revient tout de même au TCS et à son « journal » (édition d’octobre) dans lequel le lobby routier attaque directement le vélo, chiffres et photos à l’appui. Sauf que, manque de chance, les chiffres sont complètement manipulés et les photos sont montées!!! Suite à ces évènements déplorables, on a pu sentir un récent regain d’agressivité envers les cyclistes.

Roue Libre, Actif-Trafic et Pro Vélo Genève on réagi en organisant une conférence de presse et en envoyant des communiqués de presse , notamment à M. Maudet. Tour d’horizon dans la presse.

S’il te plaît, dessine-moi un cycliste

Tribune de Genève – paru le 20 octobre 2010
Edito

Le Petit Prince, dans le roman de Saint-Exupéry, voulait qu’on lui crayonne un mouton, une espèce à ses yeux inconnue. Tous les Genevois connaissent cet animal, mais le cycliste est devenu un genre tondu qu’on peine à identifier. Quand il n’est pas électrisé, le pédaleur roule moins vite que les engins motorisés. Sur le bitume, il est souvent terrorisé; sur les trottoirs, il effraye. On le voit partout, mais il n’a une vraie place nulle part: ni chauffeur ni piéton.

Trois associations favorables au vélo ont pris la parole et la route, hier, pour expliquer les déconvenues de cette espèce qui, malgré tout, prolifère sur les avenues. C’était en réponse à une période d’intransigeance des agents de la Municipalité, qui ont sanctionné à tout va les bipèdes à deux-roues.

Ces trois groupements ont beau jeu de dénoncer l’insuffisance du réseau des pistes cyclables genevois. D’un mot, il est «catastrophique». D’un autre, «criminel» parce que mortifère.

Le vélo à Genève est évidemment une solution d’avenir.

Mais…

Tant de mais…

Parfois, la piste cyclable s’interrompt au moment où le trafic devient plus dense; parfois, on dirige le deux-roues sur un trottoir; parfois, on le condamne à la voie des transports publics pour l’en dissuader au prochain virage; parfois, on l’invite au contresens pour, à la rue suivante, lui dire que c’est insensé.

Paris, dès l’élection du maire Delanoë, a inventé, en deux tours de roue, des pistes assez sûres. Les pays du nord de l’Europe ont des voies (petites) reines d’une extrême largesse pour que le héros sauve sa peau dans le flot des voitures; et aucun cycliste ne songe plus à griller les feux rouges. Qu’on s’en inspire avant de faire rouler les contraventions.

S’il te plaît, Genève, dessine-moi une piste cyclable!

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Les cyclistes mécontents

Tribune de Genève – paru le 20 octobre 2010

Mobilité | Trois associations dénoncent les «points noirs» du réseau urbain qui rendent périlleuse la circulation à vélo.

Guillaume Rihs | 21.10.2010 | 00:00

Les associations de défense des cyclistes sont mécontentes. Actif-trafiC, Roue Libre et Pro Vélo estiment que la récente action contre les incivilités à vélo a fait du tort aux cyclistes genevois et s’est trompée de cible. Au début du mois d’octobre, les policiers municipaux ont verbalisé 345 conducteurs de bicyclette qui grillaient les feux rouges, roulaient sur les trottoirs et utilisaient les passages pour piétons.

Pour les trois associations, le seul résultat de l’expérience a été de stigmatiser les deux-roues et de leur rendre la vie plus difficile encore. «Ça a eu énormément de conséquences sur le quotidien des cyclistes, qui suscitent beaucoup plus d’agressivité de la part des automobilistes», indique Eric Vanoncini, président de Roue Libre.

Un réseau bancal

Le discours des associations est clair: le problème à résoudre, ce n’est pas l’incivilité cycliste mais les insuffisances du réseau genevois. «Nous ne légitimons pas le comportement dangereux de certains cyclistes, mais nous pouvons l’expliquer», dit Eric Vanoncini. Car à Genève, selon les trois groupes, il y a des «points noirs» dans le trafic. Ce sont ces endroits où le vélo ne parvient pas à trouver sa place, où son conducteur se sent en danger et souvent contourne les règles de circulation pour assurer sa sécurité.

Des pistes cyclables qui s’interrompent soudain, d’autres sur lesquelles des voitures se parquent, d’autres encore en milieu de route, où l’on se retrouve en sandwich entre jeeps et véhicules de chantier. Ou encore le manque de sas cyclables, ces petits décalages au carrefour qui donnent une longueur d’avance aux deux-roues. Et puis les travaux! «On ne se donne pas les moyens de faire du provisoire de qualité, et à Genève le provisoire dure longtemps», pense Eric Vanoncini. A chaque fois que la chaussée est ouverte, le parcours à vélo devient un vrai casse-tête.

La bicyclette serait donc le parent pauvre des usagers de la route. Et pour cause: l’identité du cycliste est assez ambiguë. Il tient un peu du piéton et un peu du chauffeur. Sur le pont de la Coulouvrenière, la piste grimpe sur le trottoir. Sur le pont du Mont-Blanc, il faut rouler au milieu des voitures. «A vélo, on se sent un peu schizophrène», dit Lisa Mazonne, coordinatrice de la section genevoise de Pro Vélo. Selon elle, les vélos ont grand besoin qu’on leur accorde une place mieux définie. Et pour ce faire, il faut mettre des pistes cyclables partout. Une initiative d’actif-trafiC allant dans ce sens est d’ailleurs pendante.

Lors de la campagne récente, ce sont en réalité surtout les feux rouges grillés qui ont été amendés. Et l’on peut difficilement imputer cela aux limites du réseau.

Revoir le code de la route

Là aussi pourtant, les trois associations blâment encore les infrastructures. «La ville a été entièrement pensée pour les voitures et les cyclistes doivent se soumettre à des normes qui n’ont pas été conçues pour eux», clame Lisa Mazonne. Le Code de la route serait donc à revoir, pour accorder aux cyclistes des droits et des devoirs différents. Un exemple de solution concrète? Autoriser le passage des vélos au feu rouge lorsqu’il n’y a pas de piéton, comme cela se fait à Paris depuis l’été dernier.

Les cyclistes peinent à trouver leur place sur la voie publique

Le Courrier – Paru le Jeudi 21 Octobre 2010

MARIO TOGNI

MOBILITÉ – Les milieux provélo dénoncent une «stigmatisation» des cyclistes et réclament des aménagements sécurisés. A Plainpalais, un petit tour des points noirs s’avère très éloquent.
«Cycloterrorisme.» La formule utilisée récemment par le conseiller administratif Pierre Maudet pour qualifier certains cyclistes indisciplinés, en marge d’une campagne de verbalisation, reste en travers de la gorge des milieux de défense du vélo à Genève. «Depuis plusieurs semaines, les cyclistes subissent une vague de stigmatisation et de dénigrement, allant jusqu’à devenir les boucs émissaires des problèmes de sécurité routière», dénoncent en coeur Pro Vélo, Actif Trafic et Roue Libre.
Sans cautionner les infractions aux règles de circulation, les associations estiment que beaucoup d’entre elles s’expliquent par un manque criant d’aménagements sécurisés sur la voie publique. «Rouler sur un trottoir n’a rien d’agréable, souligne Lisa Mazzone, coordinatrice de Pro Velo. C’est souvent un choix par défaut que certains font car ils se sentent en danger sur la route.» Pour Eric Vanoncini, de Roue Libre, les cyclistes restent bien les parents pauvres d’une ville pensée par et pour les automobilistes.

Signalisation confuse

Pour l’illustrer, les militants proposent une petite virée en deux-roues aux alentours de la plaine de Plainpalais. Dès les premiers coups de pédale, la démonstration s’avère éloquente.
Départ de la place du Cirque, le long de l’avenue du Mail. Sur la route: plusieurs voies automobiles et une large voie réservée aux bus. Pour les cyclistes, qui se faufilent dangereusement entre les deux, rien à signaler. C’est seulement quelques centaines de mètres plus loin qu’apparaît une signalétique vélo sur la voie de bus. De l’autre côté de l’avenue, une bande cyclable, difficile à atteindre, émerge également entre les rangées de voitures.
Devant UniMail, en direction des Acacias, l’affaire se corse. Peu claire, la signalisation nous conduit sur un hybride «trottoir-piste cyclable», où vélos et piétons se partagent l’espace. Mais sans ligne de démarcation… «Les piétons ne comprennent pas, on se sent presque gênés de les déranger», commente Lisa Mazzone.

«La ville est saturée»

Un peu plus loin, le carrefour du pont des Acacias réserve aussi son lot de surprises. Le feu vélo passe au vert, mais l’artère face à nous reste engorgée de voitures. Impossible de passer. Dans l’attente, une moto emprunte à toute vitesse une piste cyclable, pourtant bien séparée de la route par une barrière! «La ville est saturée, il y a des véhicules de tous les côtés», poursuit notre guide.
La balade se poursuit dans la rue de Carouge, en direction du rond-point de Plainpalais. Entre les voitures garées et les rails du tram, l’espace est très restreint. Toujours pas de bande cyclable à l’horizon. En fin de route, la fameuse ligne jaune finit par sortir de terre. Pas de chance, un camion de livraison est stationné dessus! Sur le boulevard Georges-Favon, les exemples se multiplient. Le plus frappant? Après quelques centaines de mètres, la piste réservée aux vélos disparaît subitement. «Lâché au milieu des voitures, on n’est plus du tout en sécurité», relève Lisa Mazzone. Fin de parcours.

Point de rupture

Dans ce contexte hostile, la tentation est grande de grimper sur le trottoir attenant ou de griller un feu rouge pour devancer la cohue d’automobiles, remarquent les trois associations. A cela s’ajoute la multiplication des chantiers, provoquant une exacerbation des tensions entre les usagers de la voie publique (notre édition du 6 octobre). «On est arrivé à un point de rupture, affirme Thibault Schneeberger, d’Actif-Trafic. Il faudra faire des choix, c’est une question de responsabilité de l’Etat.»
Car la tendance se confirme: l’utilisation du vélo comme véritable mode de transport ne cesse de progresser à Genève (lire ci-dessous), de même que le recours au vélo électrique. D’ici à 2012, la Ville de Genève envisage également de mettre en service quelque mille deux cents Velib’. «Si des mesures ne sont pas prises rapidement, la situation ne peut que s’aggraver», conclut le militant. I

«Il suffit de respecter les règles»

pauline cancela

A la suite de la récente campagne de verbalisation des cyclistes, les milieux du vélo dénoncent la «vague de dénigrement» s’abattant sur les utilisateurs de la petite reine. Ils accusent également les autorités municipales d’en faire des boucs émissaires. Réponse de Pierre Maudet, conseiller administratif en charge de la sécurité en Ville de Genève.

Les milieux du vélo vous reprochent d’avoir tenu un discours choquant, comme l’utilisation du terme «cycloterrorisme». Que leur répondez-vous?
Pierre Maudet: Il ne faut pas prendre l’expression au pied de la lettre. Elle reflète avant tout une problématique croissante. Je constate en effet qu’une partie des cyclistes se sentent au-dessus des lois, roulant impunément sur les trottoirs ou dans les parcs. Au Jardin anglais, par exemple, certains vont à toute allure au milieu des piétons. En 2008, nous avons demandé à neuf cents usagers de marcher à côté de leur vélo. Si la majorité a obtempéré sans problème, nous avons dû arrêter physiquement une cinquantaine de réfractaires.

Or cela ne concerne qu’une minorité d’usagers…
Oui. Mais cette petite poignée nuit à l’image des cyclistes en général. Ils revendiquent une utilisation exagérée de l’espace public, dont une grande partie dévolue aux piétons. Ces derniers, je le rappelle, restent les usagers de la route les plus fragiles. Mon rôle est de garantir le vivre ensemble. Le but n’est pas de réprimer pour réprimer. Or certains cyclistes ne répondent qu’à la punition. C’est la seule manière, avec la prévention, de protéger les autres utilisateurs de la voie publique, et de les protéger d’eux-mêmes avant tout.

Vous préparez une campagne de prévention sur l’importance de se munir de lumières. Pensez-vous également verbaliser les cyclistes qui n’en ont pas?
Je ne l’exclus pas. Le vélo est attaché à un sentiment de liberté, mais il n’est pas au-dessus des lois.

On observe une augmentation constante des vélos en ville. Ne vaut-il pas mieux se concentrer sur des infrastructures adaptées?
Oui, bien sûr. Je suis le premier à défendre l’usage de la bicyclette à Genève. En attendant, la meilleure solution reste le respect du code de la route.

Et aussi:

La vidéo de la Tribune de Genève

L’interview de P. Maudet il y a quelques semaines

Le téléjournal de Léman Bleu

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Les commentaires récents sont en bas

  1. dan #
    1

    Quand est-ce que Pierre Maudet lancera une campagne de répression contre les scooters et autres deux-roues motorisés qui utilisent les aménagements cyclables, se parquent hors case et remontent par la droite, alors que seuls les cyclistes en sont autorisés?

  2. 2

    C’est une plaisanterie organisée. Je m’explique :
    Maudet dit : « Au Jardin anglais, par exemple, certains vont à toute allure au milieu des piétons. »
    Cela m’amuse de repenser au jour où je suis allé demander aux municipaux qui roulaient à vélo dans le Jardin Anglais si c’était légal. Ils m’ont répondu « Oui » sans hésiter …
    Que sait la police ?
    Et Dan a bien raison mais faisons leur payer une cotisation à Pro Vélo en attendant puisque ils sont plus nombreux que les vélos sur les pistes cyclables ;-)

  3. 3

    Tout ce qui est écrit ici sur Paris est inexact :
    – c’est le prédécesseur de Bertrand Delanoë, Jean Tibéri, qui a « dès son élection, inventé, en deux tours de roue, des pistes assez sûres ». Pendant les deux premières années après son élection en 2001, Bertrand Delanoë en a au contraire cessé la réalisation:
    – nulle part à Paris n’est « autorisé le passage des vélos au feu rouge lorsqu’il n’y a pas de piéton ».


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